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Réduire la place de la voiture ou repenser sa place dans les territoires ?

Publié le 3 novembre 2026

Dans deux publications consacrées à l'expérience du Bourget-du-Lac, l'ADEME met en avant les bénéfices d'une réduction de la place de l'automobile dans l'espace public. Une démarche qui mérite l'attention, mais qui invite aussi à élargir le débat. Car si le titre de sa dernière publication appelle à « réduire la place de la voiture », repenser les mobilités de demain ne passe pas nécessairement par cet objectif. Pour le MAP, l'enjeu est surtout de faire évoluer les véhicules, d'adapter les infrastructures et de favoriser la complémentarité des modes de transport pour mieux répondre aux besoins des habitants et aux réalités des territoires. Une réflexion qui prolonge ses travaux sur le « véhicule juste ».

Le Bourget-du-Lac, une expérience qui ouvre le débat

« Réduire la place de la voiture, c'est redonner de l'espace aux habitants. » C'est sous ce titre que l'ADEME a publié, en octobre 2026, un entretien croisé avec Nicolas Mercat, maire du Bourget-du-Lac, et Mathieu Chassignet, ingénieur mobilité durable au sein de l'Agence. Cette publication prolonge un premier article de mars 2025 consacré aux transformations engagées depuis 2020 dans cette commune savoyarde.

Avec environ 5 400 habitants, mais une forte présence d'étudiants, de salariés et de visiteurs, notamment autour de Savoie Technolac et des berges du lac, le Bourget-du-Lac est confronté à des besoins de mobilité particulièrement diversifiés.

La commune a engagé une transformation de ses espaces publics visant à faciliter les déplacements à pied et à vélo, sécuriser les cheminements, développer la végétalisation et réorganiser le stationnement automobile.

Parmi les réalisations présentées, 200 des 570 places de stationnement situées au bord du lac ont été supprimées. Les transports collectifs ont été renforcés, avec une fréquentation des bus desservant le lac qui, selon les informations rapportées par l'ADEME, a triplé. La transformation de la RD 1504, empruntée quotidiennement par quelque 19 000 véhicules, s'est également accompagnée d'une réduction de la vitesse moyenne annoncée de 65 à 32 km/h.

Mais l'expérience ne se résume pas à ces mesures. Récompensée en 2024 par le Grand Prix des Talents de la marche, la commune a également engagé un plan piéton, doté de près d'un million d'euros entre 2020 et 2026, visant notamment à relier les quartiers, sécuriser les cheminements et améliorer l'accessibilité. Une attention particulière est portée à la continuité des parcours, afin d'éviter les interruptions qui peuvent rendre les déplacements à pied ou à vélo difficiles, voire dissuasifs.

Pour le MAP, l'intérêt de cette expérience ne réside pas uniquement dans la réduction de l'espace consacré à l'automobile. Il tient surtout à la manière dont les aménagements cherchent à répondre aux besoins de déplacement, à assurer la continuité des parcours et à rendre d'autres solutions de mobilité plus accessibles.

À cet égard, la formule retenue par l'ADEME, « Réduire la place de la voiture, c'est redonner de l'espace aux habitants », apparaît quelque peu réductrice. Elle suggère une opposition entre l'automobile et les habitants, alors que celle-ci constitue aussi, pour beaucoup d'entre eux, un moyen essentiel de se déplacer. La question ne devrait donc pas se résumer à opposer la place de la voiture à celle des habitants, mais à rechercher une organisation de l'espace public qui réponde à la diversité de leurs besoins.

Cette réserve sur la formulation du titre ne remet pas en cause l'intérêt des initiatives présentées par l'ADEME. Elle invite plutôt à élargir la réflexion. Réduire l'emprise automobile peut constituer un moyen pertinent d'améliorer le cadre de vie, mais ne saurait être considéré comme une finalité systématique. L'efficacité d'une politique de mobilité doit également s'apprécier au regard de la sécurité, de l'accessibilité et des possibilités de déplacement qu'elle offre à l'ensemble des usagers.

Des besoins de mobilité qui diffèrent selon les territoires

L'expérience du Bourget-du-Lac illustre les possibilités offertes par une réorganisation de l'espace public, mais elle soulève aussi la question de la transposition de telles initiatives à d'autres territoires.

La commune bénéficie d'une configuration particulière, associant un centre-bourg, un bassin d'emploi important, une population étudiante et une fréquentation touristique saisonnière. Cette diversité d'usages peut favoriser le développement de solutions alternatives à l'automobile, notamment pour les déplacements de proximité.

Les réalités sont cependant différentes dans les territoires ruraux, les périphéries urbaines ou les zones d'habitat dispersé. L'éloignement des services, les contraintes professionnelles, les déplacements familiaux ou l'insuffisance des transports collectifs peuvent y rendre l'utilisation de la voiture difficilement substituable.

Pour le MAP, cette diversité territoriale constitue un élément essentiel de la réflexion. Une politique de mobilité ne peut reposer sur un modèle unique, qui serait reproduit indépendamment des besoins et des contraintes locales. Elle doit au contraire partir des déplacements réellement effectués, des distances parcourues et des possibilités dont disposent les habitants.

Cette approche ne conduit pas à opposer les territoires dans lesquels l'automobile demeure indispensable à ceux où les alternatives sont plus nombreuses. Elle invite plutôt à rechercher, dans chaque situation, les complémentarités possibles entre les différents modes de transport.

La marche et le vélo peuvent constituer des réponses pertinentes pour certains déplacements de proximité. Les transports collectifs, lorsqu'ils offrent une desserte adaptée, peuvent répondre à d'autres besoins. Quant à l'automobile, elle conserve un rôle essentiel dans de nombreuses situations, tout en pouvant s'intégrer à des déplacements combinant plusieurs modes.

L'enjeu ne consiste donc pas nécessairement à substituer un mode de transport à un autre, mais à développer des possibilités de déplacement complémentaires, suffisamment pratiques et accessibles pour répondre à la diversité des usages.

Cette recherche d'équilibre suppose toutefois de dépasser la seule existence des infrastructures. Encore faut-il que les différents modes puissent s'articuler dans des conditions satisfaisantes, sans multiplier les ruptures de parcours ni compliquer les déplacements.

C'est précisément l'un des enseignements les plus intéressants de l'expérience du Bourget-du-Lac, notamment à travers son action en faveur de la marche et de la continuité des cheminements.

La continuité des parcours, une condition pour faire évoluer les mobilités

L'expérience du Bourget-du-Lac met en lumière une dimension essentielle de l'aménagement des territoires : la continuité des déplacements. Récompensée en 2024 par le Grand Prix des Talents de la marche, la commune a notamment engagé un travail pour relier les quartiers, sécuriser les traversées et limiter les interruptions dans les cheminements piétons et cyclables.

Cette démarche rappelle qu'une infrastructure ne suffit pas, à elle seule, à rendre un mode de transport attractif. Une piste cyclable interrompue à une intersection, un trottoir difficilement accessible ou un arrêt de transport collectif mal relié aux lieux de vie peuvent constituer autant d'obstacles à leur utilisation.

Pour le MAP, cette question de continuité doit être envisagée à l'échelle de l'ensemble du déplacement, et non de chaque mode de transport considéré isolément. La mobilité repose en effet sur une succession de parcours et, parfois, de correspondances dont la qualité conditionne les choix des usagers.

Un automobiliste peut ainsi rejoindre une gare ou un parking relais avant de poursuivre son trajet en transport collectif, à vélo ou à pied. Mais cette complémentarité suppose des correspondances pratiques, des cheminements accessibles, des horaires cohérents et des conditions de déplacement suffisamment fiables.

La distinction entre report modal et intermodalité prend ici tout son sens. Le premier consiste à remplacer un mode de transport par un autre pour effectuer un déplacement. La seconde permet d'en associer plusieurs au cours d'un même trajet. Ces deux approches peuvent se compléter, sans répondre nécessairement aux mêmes besoins.

L'enjeu ne consiste donc pas seulement à encourager les habitants à abandonner leur voiture pour certains déplacements. Il s'agit de leur offrir des possibilités réellement adaptées, qui puissent être choisies pour leur praticité, leur sécurité et leur efficacité.

Cette exigence concerne également les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite ou celles dont les contraintes personnelles et professionnelles limitent les possibilités de changement de mode de transport.

Dans cette perspective, la réussite d'une politique de mobilité ne dépend pas uniquement des infrastructures créées, mais de leur capacité à fonctionner ensemble et à faciliter les déplacements du quotidien. La continuité des parcours devient ainsi l'une des conditions essentielles d'une complémentarité effective entre les différents modes de transport.

Du véhicule juste à des infrastructures adaptées aux usages

Cette réflexion sur l'organisation des déplacements rejoint, sous un autre angle, les travaux conduits par le MAP dans sa série « Réinventer la voiture du quotidien ».

À travers trois publications, l'Observatoire a interrogé le décalage entre les caractéristiques des automobiles proposées sur le marché et les besoins réels des ménages. La notion de « véhicule juste » repose notamment sur une meilleure adéquation entre les dimensions, les performances, les équipements et le coût d'un véhicule, d'une part, et les usages auxquels il est destiné, d'autre part, sans renoncer aux exigences de sécurité, de durabilité et de réparabilité.

Cette approche peut aujourd'hui être prolongée à l'échelle des infrastructures et de l'organisation des territoires.

L'expérience du Bourget-du-Lac offre à cet égard un exemple intéressant. Pour les parkings du lac, la commune explique avoir retenu un dimensionnement correspondant à la quinzième journée la plus fréquentée de l'année, acceptant quelques épisodes de saturation plutôt que de mobiliser en permanence des surfaces destinées à répondre aux pointes exceptionnelles.

Ce choix rejoint une interrogation déjà développée par le MAP à propos du véhicule juste : faut-il systématiquement dimensionner les équipements pour répondre aux situations les plus exigeantes ou rechercher une meilleure adéquation avec les besoins les plus fréquents ?

La comparaison ne signifie pas que les contraintes soient identiques. Un véhicule répond aux besoins de son utilisateur, tandis qu'un aménagement doit concilier des usages collectifs parfois concurrents. Mais une même logique de proportionnalité peut nourrir la réflexion, à condition de préserver la capacité à répondre aux besoins particuliers et aux situations exceptionnelles.

Pour le MAP, cette convergence invite à penser conjointement l'évolution des véhicules et celle des infrastructures. Des automobiles moins encombrantes, mieux adaptées aux déplacements quotidiens, pourraient contribuer à une utilisation plus rationnelle de certains espaces, sans résoudre à elles seules les questions de circulation ou de stationnement.

L'enjeu dépasse donc la seule conception du véhicule ou le dimensionnement des infrastructures. Il consiste à rechercher une cohérence entre leurs caractéristiques, les usages auxquels ils répondent et l'organisation des territoires dans lesquels ils s'inscrivent.

Penser ensemble les mobilités de demain

Cette recherche de cohérence ouvre une réflexion plus large sur les transformations possibles de l'automobile et des pratiques de déplacement.

L'évolution des véhicules constitue un premier levier, mais elle ne peut être dissociée des nouvelles formes d'utilisation de l'automobile. L'autopartage et le covoiturage peuvent ainsi contribuer à une meilleure utilisation des véhicules existants et, dans certaines conditions, à une réduction des besoins de stationnement ou des volumes de circulation.

L'électrification apporte d'autres bénéfices, notamment en matière d'émissions polluantes à l'échappement, sans modifier directement l'emprise physique de l'automobile.

Les progrès de la sécurité automobile peuvent également accompagner cette transformation. Les systèmes d'aide à la conduite, notamment ceux destinés à prévenir les collisions avec les piétons et les cyclistes, peuvent compléter les bénéfices des aménagements routiers, sans toutefois s'y substituer.

Ces évolutions ne répondent pas toutes aux mêmes objectifs. Mais elles invitent à considérer l'automobile comme une composante d'un système de mobilité lui-même en transformation, plutôt que comme un mode de déplacement dont la place serait définie indépendamment des autres.

Pour le MAP, la réflexion prospective doit ainsi porter sur l'évolution conjointe des véhicules, des infrastructures et des pratiques de mobilité. Elle suppose de rechercher les complémentarités possibles, mais aussi de veiller à la continuité des parcours et à l'accessibilité des déplacements, quelles que soient les caractéristiques des territoires.

C'est dans cette perspective que l'Observatoire propose de prolonger le débat ouvert par l'ADEME.

L'expérience du Bourget-du-Lac montre l'intérêt de repenser l'espace public pour diversifier ses usages et améliorer les conditions de déplacement. Elle ne signifie pas pour autant que la réduction de la place automobile constitue une réponse universelle aux défis de la mobilité.

L'enjeu est moins d'opposer les modes de transport que de rechercher les conditions dans lesquelles ils peuvent se compléter, en tenant compte des besoins des habitants, de la sécurité et des possibilités réelles de déplacement.

Une automobile adaptée aux besoins réels, des infrastructures proportionnées aux usages et des solutions de mobilité complémentaires. Trois dimensions d'une même réflexion sur l'organisation des déplacements de demain.

C'est dans leur articulation que pourraient se dessiner des mobilités plus cohérentes, plus accessibles et mieux adaptées aux réalités des territoires.

________________________________________

Sources et publications complémentaires

Publications de l'ADEME

• Réduire la place de la voiture, c'est redonner de l'espace aux habitants — Octobre 2026.

• Le Bourget-du-Lac, un modèle de mobilité douce — 2025.

MAP — Série « Réinventer la voiture du quotidien »

• Volet 1 — Pourquoi le petit véhicule n'existe plus… et pourquoi il doit aujourd'hui renaître. (voir ci-dessous)

• Volet 2 — Le véhicule juste, une réponse ciblée aux besoins réels des ménages.(voir ci-dessous)

• Volet 3 — Sécurité, réparabilité et cohérence d'usage au cœur d'une automobile repensée.(voir ci-dessous)

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