Véhicule électrique d’occasion : ce que la nouvelle prime CEE peut changer pour le marché
Publié le 24 août 2026
À compter du 1er septembre 2026, l’achat ou la location d’un véhicule électrique d’occasion pourra bénéficier d’une prime financée par les certificats d’économies d’énergie. Derrière une aide qui devrait rester modeste dans le cas général se dessine pourtant une évolution plus profonde : soutenir la demande, mieux objectiver l’état des batteries et accompagner la construction d’un véritable marché secondaire du véhicule électrique.
Le véhicule électrique d’occasion commence à changer de dimension. Au premier semestre 2026, plus de 123 000 voitures électriques d’occasion ont changé de propriétaire en France. Au seul deuxième trimestre, 72 244 transactions ont été enregistrées. Plus révélateur encore, leur délai moyen de revente est passé à 138 jours, contre 142 jours pour les véhicules thermiques d’occasion.
Ces chiffres confirment une tendance que le MAP avait déjà mise en évidence : la transition vers l’électromobilité ne pourra pas reposer durablement sur le seul marché du véhicule neuf. À mesure que les véhicules acquis quelques années auparavant par les particuliers, les entreprises et les loueurs arrivent sur le marché de la seconde main, une offre électrique d’occasion se constitue.
L’enjeu se déplace donc progressivement car il ne s’agit plus seulement de créer cette offre, mais de rencontrer une demande suffisante.
C’est dans ce contexte qu’intervient l’arrêté du 10 août 2026, publié au Journal officiel du 12 août. À partir du 1er septembre 2026, une nouvelle fiche d’opération standardisée, baptisée TRA-EQ-133, permettra de mobiliser le dispositif des certificats d’économies d’énergie (CEE) pour l’achat ou la location d’une voiture électrique d’occasion.
Pourquoi aider désormais le véhicule électrique d’occasion ?
Jusqu’à présent, l’essentiel des dispositifs nationaux d’accompagnement de l’électrification s’est concentré sur le véhicule neuf. Une logique compréhensible dans une première phase : il fallait favoriser la mise en circulation de véhicules électriques afin de constituer progressivement le parc de demain.
Mais un marché automobile ne fonctionne pas uniquement par sa première immatriculation. Un véhicule connaît généralement plusieurs propriétaires au cours de sa vie. Et c’est précisément sur le marché de l’occasion qu’une large partie des ménages accède à l’automobile.
L’émergence d’un véritable marché secondaire de l’électrique constitue donc une étape indispensable pour élargir son accès au-delà des acheteurs de véhicules neufs.
Le phénomène est déjà engagé. Les véhicules électriques d’occasion âgés de trois à cinq ans représentaient 58 % des ventes réalisées par les professionnels au deuxième trimestre 2026. Ce sont notamment les véhicules mis en circulation au début de la décennie qui arrivent aujourd’hui dans leur seconde vie.
La nouvelle prime CEE intervient donc à un moment particulier : l’offre commence à exister en volume et la question devient désormais celle de son absorption par le marché.
Quels véhicules pourront bénéficier de la prime ?
Le dispositif n’est pas ouvert à tous les véhicules électriques d’occasion.
Le véhicule doit être exclusivement électrique et avoir été immatriculé pour la première fois en France entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2023.
L’achat ou la location doit intervenir auprès d’un professionnel de l’automobile habilité.
En cas d’achat, le bénéficiaire doit s’engager à conserver le véhicule pendant au moins 36 mois. En cas de location, le contrat doit également porter sur une durée minimale de trois ans.
Pour une personne physique, le bénéfice du dispositif est limité à cinq véhicules. Par ailleurs, un même véhicule ne peut faire l’objet que d’une seule valorisation au titre de cette opération CEE.
Mais une autre condition mérite une attention particulière. Il s'agit de l’état de la batterie.
Une batterie présentant au moins 80 % de son état de santé
Pour être éligible, la batterie doit présenter un état de santé (ou SOH, pour State of Health) supérieur ou égal à 80 %.
Que signifie ce chiffre ? De manière simplifiée, le SOH permet d’apprécier l’évolution de la quantité d’énergie que la batterie peut encore stocker par rapport à son état initial. Une batterie affichant un SOH de 90 % dispose ainsi encore d’une capacité énergétique proche de 90 % de sa capacité de référence, même si d’autres paramètres interviennent dans l’appréciation complète de son état.
Le texte va plus loin que la simple fixation d’un seuil. Il prévoit une méthodologie d’évaluation. Le SOH peut notamment être déterminé à partir de l’information fournie directement par le véhicule ou des données issues du Battery Management System (BMS).
Lorsqu’il ne peut pas être établi, le dispositif prévoit une solution alternative : l’autonomie résiduelle doit représenter au moins 80 % de l’autonomie établie lors de l’homologation du véhicule ou être au moins égale à 200 kilomètres.
Le professionnel doit fournir un document attestant de l’état de santé de la batterie ou, à défaut, de cette autonomie résiduelle.
Cette exigence dépasse largement le seul cadre de la nouvelle prime. Elle touche à l’un des enjeux essentiels du développement du véhicule électrique d’occasion : la confiance de l’acheteur dans la batterie du véhicule qu’il acquiert.
Sur un véhicule thermique, l’âge et le kilométrage constituent depuis longtemps des références majeures pour apprécier la valeur d’un véhicule. Avec l’électrique apparaît une donnée supplémentaire : l’état du composant qui concentre une part importante de sa valeur et conditionne directement son autonomie.
Faire du SOH une condition d’accès à une aide contribue donc aussi à installer progressivement cette donnée dans la relation entre vendeur et acheteur.
Quel sera le montant de la prime ?
C’est l’une des particularités du dispositif car l’arrêté ne fixe pas directement un montant en euros.
Il attribue à chaque véhicule éligible un forfait de 42 200 kWh cumac, unité utilisée dans le cadre des certificats d’économies d’énergie. Ces certificats possèdent une valeur économique, mais leur valorisation ne se traduit pas automatiquement par un montant identique versé au bénéficiaire. Le montant de la prime dépendra notamment de l’offre proposée par l’opérateur CEE.
Selon les estimations avancées lors de la présentation du dispositif, la prime pourrait ainsi se situer autour de 337 euros dans le cas général. Il ne s’agit cependant pas d’un montant réglementaire garanti : la somme effectivement proposée pourra varier selon les opérateurs.
Le MAP décrypte dans un article complémentaire le fonctionnement des certificats d’économies d’énergie, le parcours pour bénéficier de la prime et les mécanismes qui permettent de financer ces aides. Nous vous invitons à le lire en cliquant ici.
Une aide renforcée pour les services à la personne
Le dispositif devient sensiblement plus incitatif pour certains professionnels de l’aide à domicile et des services à la personne.
Une bonification temporaire est prévue pour les véhicules répondant aux conditions fixées par l’arrêté, notamment un prix inférieur ou égal à 25 000 euros TTC et une masse en ordre de marche inférieure à 1 800 kg.
Pour les bénéficiaires concernés, le volume de CEE attribué à l’opération peut être multiplié par quatre ou par six. Cette bonification permet d’augmenter sensiblement la valeur associée à l’opération, le ministère évoquant une aide pouvant atteindre environ 2 000 euros par véhicule.
Cette bonification vise les opérations engagées avant le 1er janvier 2027 et achevées avant le 1er juillet 2027.
Pourquoi ces coefficients et comment influent-ils sur le montant de l’aide ? Les conditions de cette bonification et son mécanisme sont détaillés dans notre article consacré au fonctionnement des certificats d’économies d’énergie.
Quelques centaines d'euros peuvent-ils faire basculer une décision d’achat ?
Reste une question : une prime de quelques centaines d’euros peut-elle réellement accélérer le marché du véhicule électrique d’occasion ?
À elle seule, probablement pas.
Entre janvier et mai 2026, le prix moyen affiché par les professionnels pour un véhicule électrique d’occasion de moins de trois ans atteignait encore 32 702 euros, selon le baromètre Avere-France/Mobilians réalisé avec AAA Data. À ce niveau de prix, une aide de l’ordre de 337 euros représente à peine plus de 1 % du montant d’achat.
Mais raisonner uniquement sur le montant de la prime reviendrait peut-être à passer à côté de l’essentiel.
Le marché des véhicules électriques d’occasion est encore jeune. Leur âge moyen n’était que de 4,7 ans au deuxième trimestre 2026, contre 10,8 ans pour les véhicules thermiques d’occasion. Il commence seulement à recevoir en volume les générations de véhicules électriques mises en circulation depuis le début des années 2020.
À mesure que les flottes d’entreprises, les contrats de LOA et de LLD et les véhicules achetés par les particuliers arriveront sur le marché de la seconde main, cette offre va continuer de grandir.
Il faut donc simultanément travailler sur l’offre, le prix, la confiance et la lisibilité du produit d’occasion.
Plus qu’une prime, un signal envoyé au marché secondaire
C’est probablement sous cet angle que la nouvelle fiche CEE mérite d’être regardée.
Son effet financier pourrait rester limité dans le cas général. Mais la portée de cette nouvelle mesure pourrait être plus large. En reconnaissant le véhicule électrique d’occasion comme une opération susceptible de bénéficier du mécanisme des certificats d’économies d’énergie, le dispositif ne concentre plus exclusivement l’effort sur la première vie du véhicule.
Il prend aussi en compte sa capacité à circuler entre plusieurs propriétaires et plusieurs usages au cours de son existence.
Dans une précédente analyse, le MAP posait déjà cette question : le marché de l’occasion pourrait-il devenir une nouvelle étape, voire l’un des véritables moteurs de la transition vers l’électromobilité ?
Les évolutions observées en 2026 renforcent cette hypothèse.
La nouvelle prime CEE ne suffira évidemment pas, à elle seule, à provoquer le basculement. Mais en apportant une incitation supplémentaire à la demande et, surtout, en imposant une information objectivée sur l’état de la batterie, elle introduit deux éléments utiles au développement de ce marché : un encouragement économique et un facteur supplémentaire de confiance.
À terme, le succès de l’électromobilité ne se mesurera probablement plus seulement au nombre de véhicules électriques neufs immatriculés chaque année. Il dépendra aussi de notre capacité à faire de ces véhicules, quelques années plus tard, des occasions désirables, accessibles, correctement valorisées et suffisamment transparentes pour changer plusieurs fois de mains.
C’est à cette condition que le véhicule électrique pourra véritablement entrer dans le fonctionnement ordinaire du marché automobile.
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