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Marché automobile : à mi-2026, la reprise masque une profonde recomposition

Publié le 17 août 2026

Après plusieurs années marquées par le recul des immatriculations, le marché automobile français retrouve une orientation positive au premier semestre 2026. Mais derrière cette amélioration des volumes se dessine une transformation beaucoup plus profonde. À partir des dernières données publiées par la Plateforme automobile (PFA) et AAA DATA, le MAP propose un point d’étape sur un marché en pleine recomposition : progression rapide de l’électrique, effacement des motorisations thermiques traditionnelles, développement des solutions locatives, montée en puissance du véhicule électrique d’occasion et progression des constructeurs chinois. Les chiffres de juillet viennent accentuer plusieurs de ces tendances et donnent un premier aperçu des enjeux qui devraient structurer la seconde partie de l’année.

Un marché qui repasse dans le vert, mais reste fragile

Le premier semestre 2026 marque d’abord un changement de tendance. Avec 857 163 voitures particulières neuves immatriculées entre janvier et juin, le marché progresse de 2 % sur un an. Le mois de juin, particulièrement dynamique, s’est achevé sur 188 787 immatriculations, soit une hausse de 11 %. (AAA Data)

Cette amélioration se prolonge en juillet. Avec 126 808 voitures particulières immatriculées, le marché progresse de 9 % par rapport à juillet 2025. Sur les sept premiers mois de l’année, près de 984 000 voitures particulières ont ainsi été mises en circulation, soit une progression de près de 3 %.

Ces résultats doivent cependant être relativisés. Le rebond intervient après plusieurs années difficiles et les volumes restent sensiblement inférieurs à ceux observés avant la crise sanitaire. En juillet, ils demeurent ainsi inférieurs de plus d’un quart à ceux enregistrés au même mois en 2019. (Boursorama)

Surtout, la progression globale des immatriculations ne constitue probablement pas l’enseignement principal de ce début d’année. Derrière les volumes, c’est la structure même du marché qui évolue rapidement.

L’électrique change d’échelle

L’évolution des motorisations en apporte l’illustration la plus spectaculaire.

À la fin du premier semestre, l’électrique représentait déjà 28 % des immatriculations depuis le début de l’année, contre 17,6 % un an auparavant. En juin, sa part atteignait 30 % du marché, avec 55 851 immatriculations sur le seul mois, soit une progression de 94 % sur un an. (AAA Data)

Les données de juillet prolongent et amplifient cette tendance. Sur les sept premiers mois de 2026, 285 943 voitures particulières électriques ont été immatriculées en France, contre 168 191 sur la même période de 2025. Leur part dans le marché passe ainsi de 17,5 % à 29,1 % en un an.

Juillet marque à lui seul une nouvelle étape : 44 378 voitures électriques ont été immatriculées sur le mois, représentant 35 % de l’ensemble du marché. Chez les particuliers, cette proportion atteint 37 % et, dans les flottes, 40 %.

Pris isolément, un mois ne suffit évidemment pas à caractériser une transformation durable. Mais l’enchaînement observé depuis le début de l’année est plus significatif. L’électrique ne constitue plus seulement un segment en progression : il occupe désormais une place suffisamment importante pour modifier l’équilibre général du marché.

Reste à déterminer si cette dynamique se prolongera lorsque évolueront les dispositifs qui l’accompagnent. Car la progression actuelle intervient dans un environnement où politiques publiques, fiscalité, réglementation européenne, stratégies commerciales des constructeurs et élargissement de l’offre jouent simultanément.

Le recul du thermique révèle l’autre face de la transformation

L’accélération de l’électrique doit en effet être observée parallèlement au recul des motorisations thermiques traditionnelles.

Sur les sept premiers mois de l’année, la part des voitures essence est passée de 22,9 % en 2025 à 14,4 % en 2026. Celle du diesel, déjà fortement réduite ces dernières années, passe de 5 % à seulement 2,5 %.

Le mois de juillet accentue encore cette évolution : les immatriculations de voitures essence reculent de 44 % sur un an et celles des diesels de 60 %.

Pour autant, le marché ne se résume pas encore à un remplacement direct du thermique par l’électrique. Les différentes formes d’hybridation occupent toujours une position majeure. Sur janvier-juillet, elles représentent environ la moitié des immatriculations de voitures particulières.

La recomposition actuelle apparaît donc plus complexe : effacement rapide des motorisations thermiques seules, maintien d’un socle hybride important et montée en puissance simultanée du 100 % électrique.

Cette évolution intervient par ailleurs dans un environnement fiscal qui contribue à modifier l’équation économique des différentes motorisations. Depuis le 1er janvier 2026, le malus CO₂ est déclenché à partir de 108 g/km, contre 113 g/km en 2025, tandis que le seuil du malus au poids a été abaissé de 1 600 à 1 500 kg.

Il serait toutefois excessif d’attribuer à ces seules mesures la transformation observée. Elles s’inscrivent dans un ensemble plus large où se combinent évolution de l’offre, prix des véhicules et de l’énergie, contraintes réglementaires et dispositifs d’aide.

Entre aides et leasing, l’accès au véhicule devient une variable déterminante

Cette transformation des motorisations s’accompagne d’une autre évolution que le MAP a déjà eu l’occasion d’analyser : celle des modes d’accès à l’automobile.

Le développement de la location avec option d’achat (LOA) et de la location longue durée (LLD) traduit depuis plusieurs années une évolution progressive du modèle traditionnel de propriété automobile. Le véhicule n’est plus seulement acheté pour être détenu durablement ; il peut également être financé et utilisé dans une logique de mensualité, de durée contractuelle et de valeur résiduelle.

Les chiffres de juillet prolongent cette tendance. Les ventes aux particuliers progressent de 19 %, à 64 136 unités, tandis que la LLD augmente de 36 %. Les achats comptant progressent parallèlement de 18 %.

Ces évolutions font directement écho aux travaux précédemment consacrés par le MAP au financement automobile et au passage progressif du véhicule à l’usage. Elles montrent surtout que la transformation énergétique et celle des modes d’acquisition ne peuvent être totalement dissociées.

Le leasing social en constitue une illustration particulière.

Sa nouvelle édition, ouverte le 16 juillet, prévoit 50 000 véhicules électriques. AAA DATA relève toutefois que son influence pourrait dépasser les seuls véhicules directement concernés par le dispositif : plusieurs constructeurs proposent désormais des offres de location inspirées du leasing social à destination de ménages qui ne peuvent en bénéficier.

Le leasing social pourrait ainsi jouer un double rôle : faciliter directement l’accès au véhicule électrique pour certains ménages, mais également contribuer à installer de nouveaux repères de prix et de mensualité sur le marché.

Cette évolution pose cependant une question qui dépasse le seul bilan de 2026 : dans quelle mesure l’électrification du parc pourra-t-elle durablement reposer sur ces nouveaux modèles de financement et sur les dispositifs qui les accompagnent ?

Du véhicule neuf à l’occasion : l’électrique commence à parcourir l’ensemble du cycle automobile

La transformation observée sur le marché du neuf trouve désormais un prolongement sur celui de la seconde main.

Le phénomène mérite d’autant plus d’attention que le marché automobile français repose majoritairement sur l’occasion. Comme le MAP le rappelait récemment dans son analyse consacrée à cette question, environ 5,5 millions de voitures particulières d’occasion changent de propriétaire chaque année, contre 1,7 million de voitures neuves. Près de 77 % des transactions automobiles concernent ainsi des véhicules de seconde main.

Le développement de l’électromobilité ne peut donc être apprécié uniquement à travers les immatriculations de véhicules neufs. Le MAP avait ainsi formulé l’enjeu en considérant que le marché du neuf construit le parc tandis que le marché de l’occasion permet ensuite sa diffusion auprès d’une clientèle plus large.

Les chiffres disponibles à mi-2026 commencent à donner une réalité à ce mécanisme.

Au deuxième trimestre, plus de 72 000 transactions de voitures électriques d’occasion avaient déjà été enregistrées. Surtout, 76 % des acquéreurs provenaient directement d’un véhicule thermique, laissant apparaître le marché secondaire comme un véritable canal d’accès à l’électromobilité pour de nouveaux automobilistes. Le développement des achats comptants et des financements classiques constituait également un signe de normalisation progressive de ce marché.

Les chiffres de juillet prolongent cette dynamique. Alors que le marché global de l’occasion recule de 4 %, à 469 223 transactions, les ventes de voitures électriques d’occasion progressent au contraire de 54 %, à 22 993 unités. Les ventes réalisées par des professionnels auprès des particuliers augmentent quant à elles de 48 %.

Cette évolution est particulièrement intéressante lorsqu’elle est rapprochée de celle du marché neuf.

L’électrification progresse désormais aux deux extrémités du marché automobile : le neuf constitue progressivement le parc tandis que l’occasion commence à assurer sa diffusion.

Pour autant, cette progression des volumes ne signifie pas que toutes les conditions d’un marché électrique d’occasion mature sont déjà réunies. Le MAP avait notamment identifié plusieurs enjeux susceptibles de conditionner cette seconde étape : connaissance de l’état réel des batteries, diagnostics, réparabilité, garanties, traçabilité des interventions ou encore construction de référentiels permettant d’objectiver la valeur des véhicules.

La progression des transactions observée en 2026 constitue donc moins un aboutissement qu’un indice supplémentaire de l’entrée de l’électromobilité dans une nouvelle phase.

Les constructeurs chinois prennent également une place croissante

Cette recomposition du marché français comporte enfin une dimension industrielle.

En juillet, les marques chinoises ont totalisé 9 935 immatriculations, soit 8 % du marché français des voitures neuves. BYD, Xpeng et Leapmotor ont plus que doublé leurs volumes tandis que MG progressait de 41 %.

Cette progression est d’autant plus notable qu’elle intervient alors que les véhicules électriques produits en Chine restent soumis aux droits de douane additionnels européens. Elle s’accompagne toutefois d’une adaptation des stratégies industrielles : développement des motorisations hybrides rechargeables et localisation progressive d’une partie de la production en Europe. BYD produit ainsi depuis le début de l’année en Hongrie tandis que Leapmotor doit produire son B10 dans l’usine Stellantis de Figueruelas, en Espagne.

Le mouvement était déjà perceptible au premier semestre. AAA DATA recensait alors quatorze marques chinoises actives sur le marché français et relevait une accélération des lancements de modèles, notamment électriques et hybrides rechargeables. En juin, ces marques représentaient environ 7 % du marché français. (AAA Data)

Le phénomène ouvre une interrogation qui dépasse largement les seules performances commerciales : comment concilier l’accélération de l’électrification du marché européen avec les enjeux de souveraineté industrielle qui accompagnent cette transition ?

Cette question méritera probablement une analyse spécifique tant elle renvoie aux choix industriels et commerciaux de l’Europe pour les prochaines années.

2026, une année charnière pour le marché automobile ?

À mi-année, le marché automobile français présente donc une situation paradoxale.

D’un côté, les volumes retrouvent une orientation positive après plusieurs années difficiles, sans pour autant revenir aux niveaux qui précédaient la crise sanitaire. De l’autre, cette relative reprise masque une transformation beaucoup plus rapide de la structure du marché.

L’électrique représentait déjà 28 % des immatriculations à la fin du premier semestre et approche désormais trois voitures neuves sur dix depuis le début de l’année. En juillet, il dépasse même une voiture sur trois. Les motorisations essence et diesel poursuivent leur recul. Les solutions locatives prennent une place croissante dans l’accès au véhicule. Et, parallèlement, le véhicule électrique commence à s’installer plus nettement sur le marché de l’occasion.

Ces évolutions ne sont pas indépendantes les unes des autres.

Le marché neuf construit progressivement un parc électrique. Les entreprises, les flottes et les solutions locatives participent à son renouvellement. Les véhicules ainsi mis en circulation alimenteront ensuite le marché de l’occasion, permettant à l’électromobilité de toucher une clientèle plus large.

C’est peut-être cette articulation qui constitue le principal enseignement de la situation observée en 2026.

Pour autant, il serait prématuré de considérer la transition comme acquise. Une partie de l’accélération actuelle intervient dans un environnement fortement influencé par la fiscalité, la réglementation, les dispositifs d’aide et les stratégies commerciales des constructeurs. Le marché demeure par ailleurs fragile et soumis à de nombreuses incertitudes économiques.

Le second semestre permettra donc de mesurer si les évolutions observées depuis le début de l’année relèvent encore principalement d’un contexte particulièrement favorable à l’électrique ou si elles marquent une transformation durable du fonctionnement du marché automobile français.

Dans cette seconde hypothèse, 2026 pourrait moins rester comme l’année du redémarrage des immatriculations que comme celle où les différents éléments de la transition automobile ((motorisations, financement, usages, seconde main et enjeux industriels) ont commencé à former un nouvel équilibre de marché.

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