Infractions routières : ce que disent vraiment les chiffres, au-delà du bilan 2024
Publié le 8 janvier 2026
Chaque année, les statistiques relatives aux infractions routières constituent un matériau d’observation privilégié pour analyser les usages de la route, l’efficacité des politiques publiques et l’évolution du cadre réglementaire. Le bilan 2024 publié par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) ne fait pas exception. Il fait apparaître une baisse sensible du nombre d’infractions relevées, mais cette évolution mérite une lecture approfondie et contextualisée.
Avec 27,6 millions d’infractions constatées en 2024, le volume global recule de 8,6 % par rapport à l’année précédente. Pris isolément, ce chiffre pourrait laisser penser à une amélioration significative des comportements. Or, comme souvent en matière de sécurité routière, l’analyse brute des données ne suffit pas : elle doit être replacée dans son environnement juridique, technique et méthodologique.
L’impact déterminant des évolutions réglementaires
L’année 2024 est marquée par une réforme majeure entrée en vigueur au 1er janvier : la suppression du retrait de points pour les excès de vitesse inférieurs à 5 km/h. Cette évolution du droit routier a un effet mécanique sur les indicateurs statistiques.
Le nombre total de points retirés chute ainsi à 11,7 millions, avec un recul particulièrement marqué pour les infractions liées à la vitesse. Les retraits de points pour excès de vitesse passent à 5,7 millions, soit près de deux fois moins qu’en 2023. Cette baisse ne traduit pas nécessairement une diminution des excès de vitesse constatés, mais plutôt un changement de leur traduction administrative.
Autrement dit, le comportement observé sur la route peut rester stable, tandis que l’indicateur statistique évolue fortement. Cette distinction est essentielle pour éviter toute interprétation erronée des chiffres.
Des comportements à risque qui demeurent structurels
Au-delà de la vitesse, le bilan 2024 met en lumière la persistance de comportements considérés comme particulièrement accidentogènes. Le non-respect des règles de priorité génère à lui seul près de 1,9 million de retraits de points, tandis que l’usage du téléphone ou d’oreillettes au volant représente environ 1,7 million de points retirés.
Ces infractions, régulièrement impliquées dans les accidents corporels, témoignent de difficultés durables à modifier certains usages, malgré les campagnes de prévention et l’intensification des contrôles. Leur stabilité relative dans le temps interroge sur les leviers les plus efficaces pour infléchir les comportements, au-delà de la seule logique répressive.
Lire les chiffres dans la durée
L’un des apports notables du bilan 2024 réside dans l’intégration de séries statistiques de long terme, parfois étendues sur plus d’une décennie. Cette approche permet de distinguer les tendances de fond des variations conjoncturelles liées à des réformes, à des choix de contrôle ou à des évolutions technologiques.
On observe ainsi que certaines infractions, comme l’usage du téléphone au volant, suivent une trajectoire haussière sur le temps long, traduisant l’impact croissant des usages numériques dans la conduite. À l’inverse, d’autres catégories d’infractions apparaissent plus sensibles aux modalités de contrôle et aux changements réglementaires.
Des réalités territoriales contrastées
Le bilan rappelle également que les statistiques nationales agrègent des situations locales très hétérogènes. Les disparités départementales demeurent marquées, sous l’effet combiné de la densité du trafic, de la nature du réseau routier, du niveau d’urbanisation et des politiques locales de contrôle.
Cette diversité territoriale souligne l’importance d’une lecture fine des données, adaptée aux contextes locaux, et plaide pour des stratégies de sécurité routière différenciées plutôt qu’un pilotage exclusivement national.
Des chiffres à manier comme des outils d’observation
Enfin, la nouvelle présentation du bilan, plus synthétique et enrichie visuellement, renforce son accessibilité et sa portée pédagogique. Elle rappelle que les statistiques d’infractions ne sont ni de simples indicateurs de performance, ni des reflets immédiats des comportements, mais des outils d’observation à interpréter avec rigueur.
Pour le MAP, ces données constituent avant tout un support d’analyse des interactions entre réglementation, contrôle, comportements et sécurité. Plus que jamais, elles invitent à dépasser la lecture immédiate des chiffres pour comprendre ce qu’ils révèlent — et ce qu’ils ne disent pas.
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Focus : Infractions routières 2024 – Les chiffres à lire avec méthode
27,6 millions
➡️ Infractions au code de la route constatées en 2024 / – 8,6 % par rapport à 2023
11,7 millions
➡️ Points retirés sur l’ensemble de l’année
➡️ Une baisse fortement influencée par l’évolution du cadre réglementaire
Répartition des principaux retraits de points
5,7 millions
➡️ Excès de vitesse (tous seuils confondus)
➡️ En recul marqué depuis la suppression du retrait de points pour les excès < 5 km/h
1,9 million
➡️ Non-respect des règles de priorité
1,7 million
➡️ Usage du téléphone ou d’oreillettes au volant
Ces infractions figurent parmi les plus fréquemment impliquées dans les accidents corporels.
La baisse globale des indicateurs ne traduit pas mécaniquement une évolution des comportements.
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Télécharger le bilan 2024 des infractions au code de la route en cliquant ici
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