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Reportage / Technologie

En toute Symbioz

Renault a franchi une étape dans la course à l'automatisation de la conduite. Son démonstrateur Symbioz, en essai durant le mois de décembre a prouvé le niveau de maturité des membres de l'écosystème.

Que ceux qui pensent que la France ne peut plus marquer l'histoire de l'automobile se ravisent. Nos constructeurs ont toujours de quoi attirer les regards du monde entier. Renault en a fait la démonstration en décembre dernier. Une démonstration de force. Comme il l'avait annoncé au salon de Francfort, le groupe présidé par Carlos Ghosn a invité des journalistes en provenance des quatre coins de la planète pour leur permettre de vivre une expérience jusque-là réservée à des ingénieurs et des pilotes formés, celle de prendre place derrière le volant d'un véhicule doté de la fonction de délégation de conduite de niveau SAE4, sur route ouverte.

Avec les autorisations légales du ministère des Transports et sous la supervision d'un technicien, capable d'intervenir à tout instant critique, la Renault Symbioz a pu parcourir un tronçon précis de l'autoroute A13, en toute autonomie. Une opération de communication devenue un succès grâce à la synchronisation des efforts entre les partenaires du constructeur, qui en janvier 2017, au CES de Las Vegas avait fait le déplacement pour faire l'apologie du concept d'open innovation.

Siège antigravitationnel

A la question "Seriez-vous prêt à utiliser un véhicule entièrement autonome ?", 56 % des 1 005 Français sondés par OpinionWay pour VMWare, répondaient par la négative, il y a quelques mois. Autant le dire sans détour, il faut afficher de la confiance dans la technologie, surtout un jour de pluie dantesque, comme lors de notre passage sur le démonstrateur. Une fois enclanchée, la fonction d'automatisation de la conduite maintient la vitesse. Se voulant rassurante, la voiture ajuste même à la baisse en fonction des conditions. Dans les trois écrans de Valeo, reliés à des caméras extérieures, apparaissent les autres usagers de la route, comme dans des rétroviseurs classiques. Concrétisation d'une idée présentée au CES 2015. "Nous avons fait une erreur de placement de la caméra centrale, reconnait-on chez Renault, elle est dans un remous aérodynamique et les jours de pluie, l'eau entrave la vision". A revoir. Contrairement aux "rétroviseurs" latéraux, qui apportent un véritable gain de confort, car jamais embués.

D'une pression sur un bouton, le siège bascule en arrière, en position Zero Gravity, soit proche d'un transat. Comme sur certaines de ses productions régulières, Renault a confié l'info-divertissement à LG Electronics. Le coréen livre cette fois, trois d'écrans de 12,3" (le seul format disponible en OLED), derrière lesquels un système logiciel conçu sur base Linux, qui propose une interface optimisée. Chez LG, on défend le concept de "Zero Depth Information", une logique visant à limiter le nombre de clic pour accéder à une page spécifique.

De la réalité virtuelle comme divertissement

Le constructeur a tenté une autre association inédite. En 2015, il a contacté Ubisoft, géant de l'industrie du jeu vidéo, avec la mission de concevoir un divertissement immersif. Il en résulte une animation à visionner avec un casque de réalité virtuelle. La prouesse de l'éditeur ? Il récupère les données des capteurs de la voiture et de la cartographie HD de TomTom, en temps réel. Dans le casque se matérialise alors le tracé de la route et les véhicules environnants détectés par les radars. "Vous pourriez rouler dans Versailles et avoir des calèches tout autour de vous", s'amuse-t-on sans limite chez Ubisoft.

A bord, les passagers de Symbioz s'installent sous une véritable verrière, signée Saint-Gobain. Les huit couches qui composent ce toit panoramique font varier la luminosité de l'habitacle. Là encore, une idée à retenir pour les véhicules les plus luxueux. Il s'assombrit automatiquement en mode de conduite sportive, par exemple. Un système d'éclairage des contre-portes et du tableau de bord indique d'ailleurs le statut du véhicule, entre le mode normal, sportif donc et autonome, tandis que l'ambiance sonore a été confiée à Devialet. Le fabricant haut de gamme, marque en vogue, intègre ses enceintes tout autour de l'espace, notamment dans l'aménagement de bois sculpté que viennent incruster les sièges arrière. La Symbioz prend des allures de salle de concert.

Héritage des trois mulets

Avant les deux exemplaires de Symbioz – l'un destiné à être exposé à l'IAA, l'autre consacré à la route – Renault avait construit trois mulets, correspondant à trois étapes propres du développement. Il y a eu Road Runner, soit une Renault Talisman équipée de l'inédit moteur électrique ; puis a suivi Ghost Rider, une Renault Espace autonome de niveau SAE4, capable de franchir les stations de péage gérés par Sanef ; et enfin a roulé Mad Max, une Talisman aux appendices proéminents, conjuguant les propriétés des deux prédécesseurs. Symbioz a apporté de l'esthétisme à cette science. Renault a appris la maîtrise de l'intégration, dans le dessin des lignes, sous le pare-brise et dans les blocs optiques, des 37 capteurs et caméras fournis par IAV, la société d'ingénierie, tous reliés au calculateur de Renesas, fixé dans le coffre. Ce qui a demandé un travail sur la perméabilité des matériaux employés par les éléments de carrosserie. Sujet sur lequel planche Plastic Omnium, par exemple.

La voiture de 4,92 mètres de long pour 1,92 mètre de large et 3,07 mètres d’empattement inaugure un châssis à fond plat qui loge le pack de batteries. Expérimentation oblige, Renault s'est autorisé deux moteurs électriques placés dans chacune des roues du train arrière qui lui-même se veut directionnel, afin de donner un poil de dynamisme à ce véhicule imposant. Aucune déclinaison de série n'est pour le moment annoncée, mais les responsables du projet se disent satisfait du résultat.

Après tous les effets d'annonce, la Symbioz aura eu le mérite de concrétiser le rêve du véhicule autonome. Un rêve fait encore de si nombreux fantasmes. La présence d'un superviseur vient conforter l'idée qu'il reste de la route à parcourir avant d'atteindre le risque 0. Mais nous avons pu vérifier, par cette météo exécrable, que la voiture a l'intelligence et l'humilité de rendre les armes quand la situation présente un danger ingérable.

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